A very actual old French Poem: The Generous Gambler

Charles Baudelaire, one of the most famous French poets of the XIXth century who was also the translator if Allan Poe in French, has written a poem that is often forgotten: The Generous Gambler.

In this poem in prose, he tells the story of his meeting with the devil in a strange pub full of people trying to escape death, and of how quick he was to sell his soul.

Baudelaire warned people against the strength of evil stretching its tentacles in every  pore of our society and the weakness of a human nature, such easy to buy. Like a good wine, this poem got better and meaningful with age, still ringing the bell towards the all-entertainment/consumerist society. The flow and style of this poem have something eternal and made me want to share it with you.

Sing it in French and read it in English below:

Le joueur Généreux

« Hier, à travers la foule du boulevard, je me sentis frôlé par un Etre mystérieux que j’avais toujours désiré connaître, et que je reconnus tout de suite, quoique je ne l’eusse jamais vu. Il y avait sans doute chez lui, relativement à moi, un désir analogue, car il me fit, en passant, un clignement d’oeil significatif auquel je me hâtai d’obéir. Je le suivis attentivement, et bientôt je descendis derrière lui dans une demeure souterraine, éblouissante, où éclatait un luxe dont aucune des habitations supérieures de Paris ne pourrait fournir un exemple approchant. Il me parut singulier que j’eusse pu passer si souvent à côté de ce prestigieux repaire sans en deviner l’entrée. Là régnait une atmosphère exquise, quoique capiteuse, qui faisait oublier presque instantanément toutes les fastidieuses horreurs de la vie; on y respirait une béatitude sombre, analogue à celle que durent éprouver les mangeurs de lotus quand, débarquant dans une île enchantée, éclairée des lueurs d’une éternelle après-midi, ils sentirent naître en eux, aux sons assoupissants des mélodieuses cascades, le désir de ne jamais revoir leurs pénates, leurs femmes, leurs enfants, et de ne jamais remonter sur les hautes lames de la mer.
Il y avait là des visages étranges d’hommes et de femmes, marqués d’une beauté fatale, qu’il me semblait avoir vus déjà à des époques et dans des pays dont il m’était impossible de me souvenir exactement, et qui m’inspiraient plutôt une sympathie fraternelle que cette crainte qui naît ordinairement à l’aspect de l’inconnu. Si je voulais essayer de définir d’une manière quelconque l’expression singulière de leurs regards, je dirais que jamais je ne vis d’yeux brillant plus énergiquement de l’horreur de l’ennui et du désir immortel de se sentir vivre.
Mon hôte et moi, nous étions déjà, en nous asseyant, de vieux et parfaits amis. Nous mangeâmes, nous bûmes outre mesure de toutes sortes de vins extraordinaires, et, chose non moins extraordinaire, il me semblait, après plusieurs heures, que je n’étais pas plus ivre que lui. Cependant le jeu, ce plaisir surhumain, avait coupé à divers intervalles nos fréquentes libations, et je dois dire que j’avais joué et perdu mon âme, en partie liée, avec une insouciance et une légèreté héroïques. L’âme est une chose si impalpable, si souvent inutile et quelquefois si gênante, que je n’éprouvai, quant à cette perte, qu’un peu moins d’émotion que si j’avais égaré, dans une promenade, ma carte de visite.
Nous fumâmes longuement quelques cigares dont la saveur et le parfum incomparables donnaient à l’âme la nostalgie de pays et de bonheurs inconnus, et, enivré de toutes ces délices, j’osai, dans un accès de familiarité qui ne parut pas lui déplaire, m’écrier, en m’emparant d’une coupe pleine jusqu’au bord: « A votre immortelle santé, vieux Bouc! »
Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. Sur ce sujet-là, Son Altesse ne tarissait pas en plaisanteries légères et irréfutables, et elle s’exprimait avec une suavité de diction et une tranquillité dans la drôlerie que je n’ai trouvées dans aucun des plus célèbres causeurs de l’humanité. Elle m’expliqua l’absurdité des différentes philosophies qui avaient jusqu’à présent pris possession du cerveau humain, et daigna même me faire confidence de quelques principes fondamentaux dont il ne me convient pas de partager les bénéfices et la propriété avec qui que ce soit. Elle ne se plaignit en aucune façon de la mauvaise réputation dont elle jouit dans toutes les parties du monde, m’assura qu’elle était, elle-même, la personne la plus intéressée à la destruction de la superstition, et m’avoua qu’elle n’avait eu peur, relativement à son propre pouvoir, qu’une seule fois, c’était le jour où elle avait entendu un prédicateur, plus subtil que ses confrères, s’écrier en chaire: « Mes chers frères, n’oubliez jamais, quand vous entendrez vanter le progrès des lumières, que la plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas! »
Le souvenir de ce célèbre orateur nous conduisit naturellement vers le sujet des académies, et mon étrange convive m’affirma qu’il ne dédaignait pas, en beaucoup de cas, d’inspirer la plume, la parole et la conscience des pédagogues, et qu’il assistait presque toujours en personne, quoique invisible, à toutes les séances académiques.
Encouragé par tant de bontés, je lui demandai des nouvelles de Dieu, et s’il l’avait vu récemment. Il me répondit, avec une insouciance nuancée d’une certaine tristesse: « Nous nous saluons quand nous nous rencontrons, mais comme deux vieux gentilshommes, en qui une politesse innée ne saurait éteindre tout à fait le souvenir d’anciennes rancunes. »
Il est douteux que Son Altesse ait jamais donné une si longue audience à un simple mortel, et je craignais d’abuser. Enfin, comme l’aube frissonnante blanchissait les vitres, ce célèbre personnage, chanté par tant de poètes et servi par tant de philosophes qui travaillent à sa gloire sans le savoir, me dit: « Je veux que vous gardiez de moi un bon souvenir, et vous prouver que Moi, dont on dit tant de mal, je suis quelquefois bon diable, pour me servir d’une de vos locutions vulgaires. Afin de compenser la perte irrémédiable que vous avez faite de votre âme, je vous donne l’enjeu que vous auriez gagné si le sort avait été pour vous, c’est-à-dire la possibilité de soulager et de vaincre, pendant toute votre vie, cette bizarre affection de l’Ennui, qui est la source de toutes vos maladies et de tous vos misérables progrès. Jamais un désir ne sera formé par vous, que je ne vous aide à le réaliser; vous régnerez sur vos vulgaires semblables; vous serez fourni de flatteries et même d’adorations; l’argent, l’or, les diamants, les palais féeriques, viendront vous chercher et vous prieront de les accepter, sans que vous ayez fait un effort pour les gagner; vous changerez de patrie et de contrée aussi souvent que votre fantaisie vous l’ordonnera; vous vous soûlerez de voluptés, sans lassitude, dans des pays charmants où il fait toujours chaud et où les femmes sentent aussi bon que les fleurs, – et caetera, et caetera… », ajouta-t-il en se levant et en me congédiant avec un bon sourire.
Si ce n’eût été la crainte de m’humilier devant une aussi grande assemblée, je serais volontiers tombé aux pieds de ce joueur généreux, pour le remercier de son inouïe munificence. Mais peu à peu, après que je l’eus quitté, l’incurable défiance rentra dans mon sein; je n’osais plus croire à un si prodigieux bonheur, et, en me couchant, faisant encore ma prière par un reste d’habitude imbécile, je répétais dans un demi-sommeil « Mon Dieu! Seigneur, mon Dieu! faites que le diable me tienne sa parole! »  »

The Generous Gambler

Yesterday, across the crowd of the boulevard, I found myself touched by a mysterious Being I had always desired to know, and whom I recognized immediately, in spite of the fact that I had never seen him. He had, I imagined, in himself, relatively as to me, a similar desire, for he gave me, in passing, so significant a sign in his eyes that I hastened to obey him. I followed him attentively, and soon I descended behind him into a subterranean dwelling, astonishing to me as a vision, where shone a luxury of which none of the actual houses in Paris could give me an approximate example. It seemed to me singular that I had passed so often that prodigious retreat without having discovered the entrance. There reigned an exquisite, an almost stifling atmosphere, which made one forget almost instantaneously all the fastidious horrors of life; there I breathed a somber sensuality, like that of opium smokers when, set on the shore of an enchanted island over which shone an eternal afternoon, they felt born in them, to the soothing sounds of melodious cascades, the desire of never again seeing their households, their women, their children, and of never again being tossed on the decks of ships by storms.

There were there strange faces of men and women, gifted with so fatal a beauty that I seemed to have seen them years ago and in countries which I failed to remember and which inspired in me that curious sympathy and that equally curious sense of fear that I usually discover in unknown aspects. If I wanted to define in some fashion or other the singular expression of their eyes, I would say that never had I seen such magic radiance more energetically expressing the horror of ennui and of desire–of the immortal desire of feeling themselves alive.

As for mine host and myself, we were already, as we sat down, as perfect friends as if we had always known each other. We drank immeasurably of all sorts of extraordinary wines, and–a thing not less bizarre–it seemed to me, after several hours, that I was no more intoxicated than he was.

However, gambling, this superhuman pleasure, had cut, at various intervals, our copious libations, and I ought to say that I had gained and lost my soul, as we were playing, with a heroic carelessness and lightheartedness. The soul is so invisible a thing, often useless and sometimes so troublesome, that I did not experience, as to this loss, more than that kind of emotion I might have, had I lost my visiting card in the street.

We spent hours in smoking cigars, whose incomparable savor and perfume give to the soul the nostalgia of unknown delights and sights, and, intoxicated by all these spiced sauces, I dared, in an access of familiarity which did not seem to displease him, to cry, as I lifted a glass filled to the brim with wine: « To your immortal health, old hegoat! »

We talked of the universe, of its creation and of its future destruction; of the leading ideas of the century–that is to say, of progress and perfectibility–and, in general, of all kinds of human infatuations. On this subject His Highness was inexhaustible in his irrefutable jests, and he expressed himself with a splendor of diction and with a magnificence in drollery such as I have never found in any of the most famous conversationalists of our age. He explained to me the absurdity of different philosophies that had so far taken possession of men’s brains, and deigned even to take me in confidence in regard to certain fundamental principles, which I am not inclined to share with anyone.

He complained in no way of the evil reputation under which he lived, indeed, all over the world, and he assured me that he himself was of all living beings the most interested in the destruction of Superstition, and he avowed to me that he had been afraid, relatively as to his proper power, once only, and that was on the day when he had heard a preacher, more subtle than the rest of the human herd, cry in his pulpit: « My dear brethren, do not ever forget, when you hear the progress of lights praised, that the loveliest trick of the Devil is to persuade you that he does not exist! »

The memory of this famous orator brought us naturally on the subject of academies, and my strange host declared to me that he didn’t disdain, in many cases, to inspire the pens, the words, and the consciences of pedagogues, and that he almost always assisted in person, in spite of being invisible, at all the scientific meetings.

Encouraged by so much kindness, I asked him if he had any news of God–who has not his hours of impiety?–especially as the old friend of the Devil. He said to me, with a shade of unconcern united with a deeper shade of sadness: « We salute each other when we meet. » But, for the rest, he spoke in Hebrew.

It is uncertain if His Highness has ever given so long an audience to a simple mortal, and I feared to abuse it.

Finally, as the dark approached shivering, this famous personage, sung by so many poets and served by so many philosophers who work for his glory’s sake without being aware of it, said to me: « I want you to remember me always, and to prove to you that I–of whom one says so much evil–am often enough bon diable, to make use of one of your vulgar locutions. So as to make up for the irremediable loss that you have made of your soul, I shall give you back the stake you ought to have gained, if your fate had been fortunate–that is to say, the possibility of solacing and of conquering, during your whole life, this bizarre affection of ennui, which is the source of all your maladies and of all your miseries. Never a desire shall be formed by you that I will not aid you to realize; you will reign over your vulgar equals; money and gold and diamonds, fairy palaces, shall come to seek you and shall ask you to accept them without your having made the least effort to obtain them; you can change your abode as often as you like; you shall have in your power all sensualities without lassitude, in lands where the climate is always hot and where the women are as scented as the flowers. » With this he rose and said good-by to me with a charming smile.

If it had not been for the shame of humiliating myself before so immense an assembly, I might have voluntarily fallen at the feet of this generous gambler, to thank him for his unheard-of munificence. But little by little, after I had left him, an incurable defiance entered into me; I dared no longer believe in so prodigious a happiness, and as I went to bed, making over again my nightly prayer by means of all that remained in me in the matter of faith, I repeated in my slumber: « My God, my Lord, my God! Do let the Devil keep his word with me! »

THE END

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s