FRANCE – AUSTRALIE : L’Etrange concordance des temps modernes

Abott and francois

Depuis le G20, le premier déplacement d’un chef d’Etat français sur le territoire australien et l’ouverture du dialogue Australie-UE pour la lutte contre le terrorisme, il y a une parfaite symétrie de l’actualité de ces deux pays.

Alors que les populations expriment leur mécontentement aux urnes, sur internet et par tous autres moyens s’offrant à leur imagination, les attentats et la menace terroriste sont venus changer la donne pour ériger la sécurité en priorité absolue.

Cette nouvelle priorité autorise nos gouvernements respectifs à légiférer dans les domaines jusqu’alors intouchables des libertés fondamentales et de la liberté de la presse, dans un ensemble de dispositions aux tenants et aux aboutissants quasi-identiques.

MECONTENTEMENT CROISSANT DES POPULATIONS ET CRISE DU BIPARTISME

« Hopeless », c’est ce qu’on voit placardé partout dans Sydney sous la tête de Tony Abbott dans un détournement d’une célèbre affiche de campagne d’Obama. Tony Abbott ne vole pas bien haut dans les sondages avec un taux de satisfaction de -21% selon l’agence Newspoll (35% des interroges s’expriment satisfaits, 56% insatisfaits). Il n’est pas le président le plus impopulaire de l’histoire mais il est en bonne voie, remarqué notamment par sa politique anti-immigration.
Désespérant, François Hollande l’est tout autant.

Hopeless

Ce n’est pas une exclusivité ; le monde entier est au courant, François est au plus bas dans les sondages depuis maintenant plusieurs mois. Avec une cote de popularité de moins de 20% selon le récent sondage YouGov, le président français est le plus impopulaire de l’Histoire de la Ve République. La maladresse du personnage pourrait être attachante si ses décisions politiques n’étaient pas à son image. On a le président qu’on mérite, je suppose, mais de la à nous faire regretter un président partouzeur…

Dans ce coude à coude pour le titre du dirigeant le plus impopulaire, c’est probablement la presse people qui sauve Abbott en le montrant courir le marathon et faire la fête. Elle n’a pas ces égards pour Hollande qui trompe sa femme en scooter.

On a beau en rire, mais c’est pour me pas pleurer car cette vérité se traduit dans les urnes.

En France par la montée puissance du FN qui se présente comme le parti populiste.

En Australie d’une part par un fort revirement de votes du parti Liberal vers le parti Travailliste formulé par les indécis mécontents (alors que les quatre dernières années des Travaillistes au pouvoir avaient été une pure démonstration de politique politicienne et de lutte intestine), et par une montée en puissance du vote contestataire pour le parti des Verts, qu’on pourrait qualifier en Australie de populiste.

Comme en France, le bipartisme est menacé et pousse les partis à tisser des alliances étranges pour garder le pouvoir. Les voix populaires s’élèvent, notamment grâce à internet, et il est malheureux de le dire ainsi mais à mi-mandat, les attentats tombaient à point nommé.

JE SUIS CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE – DE L’HOMMAGE A LA RECUPERATION IL N’Y A QU’UN PAS

La France et l’Australie ont subi une attaque Islamiste sur leur territoire et sont sous menace terroriste, comme en attestent les récentes arrestations à Melbourne, ou encore le discours de M Valls qui annonce « une menace terroriste sans précédent ». Qui sait ce qui serait arrivé si nos cellules anti-terroristes n’avaient pas été en alerte ? En effet qui sait ? Peut-être rien, peut-être le pire, mais quoi qu’il en soit ces arrestations disposent toujours d’une couverture médiatique très importante, aussi virtuels que soient les faits.

L’Australie, malgré son éloignement et sa volonté de devenir un HUB d’Asie du Sud Est, est un pays d’occident qui a été réquisitionné dans l’ensemble des conflits du XXe siècle, et semble bien engagé dans ceux du XXIe. Les attentats du Lindt, perpétrés par un fou furieux qui aurait par ailleurs du être enfermé depuis longtemps, nous le rappellent et démontrent au monde qu’elle est aussi une cible des terroristes.

Les attentats du Charlie Hebdo ont eu une résonance plus grande encore et ont catalysé cette menace terroriste globale en rassemblant derrière le slogan Je Suis Charlie des millions de personnes dans les capitales du monde entier, Sydney y compris, où ces rassemblements avaient une teneur particulière d’empathie et d’indignation de voir de tels actes si vite répétés.

Cette attaque, visant non plus une chocolaterie mais un journal satyrique qui avait pour habitude de moquer Mahomet, a été perçue comme une atteinte directe à la liberté d’expression et s’est étendue de par les frontières françaises faisant de l’expression « Je Suis Charlie » la nouvelle devise universelle du monde libre.

JE suis charlies

Le cri « je suis Charlie » résonne toujours mais de l’écho altéré et strident d’un slogan publicitaire rabâché pour freiner la cote d’impopularité de nos politiciens, qui ni une ni deux en ont forgé l’arme qui mettra fin à la liberté de la presse, au nom de la liberté d’expression, dans une prouesse horrible d’inversion sémantique novlangue.

LIBERTE D’EXPRESSION – LA MENACE VENAIT D’AILLEURS

La France et l’Australie tentent un passage en force de lois très similaires et qui, sous couvert de lutte contre le terrorisme, sont de réelles entraves à la liberté d’expression et à la liberté de la presse, et on est en droit de se demander si Abbott et Hollande ne se sont pas passe le mot lors de leur dernière rencontre lorsqu’on sait qu’une coopération accrue de l’UE et de l’Australie en matière de lutte contre le terrorisme est à l’ordre du jour.

internet-censure1Nouvelles réglementations françaises

En France, la nouvelle loi sur le renseignement fait polémique. Le défenseur des droits, les rapporteurs de l’ONU et le Conseil de l’Europe sont montés au créneau pour la dénoncer et François Hollande vient de saisir le conseil constitutionnel, pour éviter le débat clament certains.

Cette loi sur le renseignement s’est enrichie d’une série d’amendements déposés par Jean-Jacques Urvoas qui prouvent son caractère liberticide et rappellent les meilleurs épisodes de la série The Wire.

Elle devra notamment permettre de placer sur écoute un terroriste potentiel sans autorisation, de surveiller les conversations des individus grâce a des logiciels espions et ses déplacements par balise, mais surtout elle étend la sphère d’application initiale de cette loi a tous les groupuscules. Donc pas seulement aux terroristes présumés.

A cette loi s’ajoute, dans le cadre de la lutte contre le racisme, la mise en place de la plateforme de délation PHAROS et de sa section de cyber-patrouilleurs pour la lutte contre les contenus illicites. Reste à définir les contenus illicites. Cette initiative de M. Valls aura un cout de 100 millions d’euros sur 3 ans.

Enfin, toujours pour lutter contre le racisme et l’antisémitisme c’est à la liberté de la presse que s’attaque M Valls, avec son projet de loi qui permettra de mettre en comparution immédiate un journaliste et de l’emprisonner jusqu’à 7 ans pour avoir simplement fait son travail.

«Cette loi consiste à sortir de la loi de 1881 sur la liberté de la presse, pour les incorporer dans le Code pénal, les délits de provocation à la haine ou à la violence, d’injure ou de diffamation commis «à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion». Les quelques protections spécifiques du droit de la presse concernant notamment la preuve, l’absence de comparution immédiate et de détention ainsi que des délais de prescription plus courts devraient donc être supprimées» (tribune d’Anne-Marie Le Pourhiet professeur de droit a l’Université de Rennes dans Le Figaro du 17 avril).

Ces initiatives ont pour but de créer une machine de surveillance de masse sur internet, tout simplement, (https://www.laquadrature.net/fr/loi-renseignement-opposition-de-masse-a-la-surveillance-de-masse) et ont provoqué la colère des hébergeurs de données en ligne français qui menacent de quitter le territoire pour protéger les informations de leurs clients. Disparaitrons avec ce secteur de pointe environs 5000 emplois.

Nouvelles réglementations Australiennes

En Australie, alors que la diversité et l’indépendance de la presse sont déjà entravées par le duopole médiatique Fairfax Media de Gina Rinehart/ Newscorp de Rupert Murdoch qui possèdent la quasi totalité des médias du pays, on assiste depuis le 2ème semestre 2014 à la mise en place de lois similaires aux nouvelles lois françaises.

La première loi, passée fin 2014 avant même les attentats du Lindt, expose les journalistes qui publient des informations relatives à la sécurité intérieure à des peines de prison allant de 5 à 10 ans, quand bien même ces révélations sont dans l’intérêt général du public. (http://www.theguardian.com/australia-news/2015/apr/27/asio-act-review-told-journalists-face-jail-even-if-reporting-on-serious-wrongdoing?CMP=share_btn_tw)

La deuxième loi permettra de mettre les détenteurs d’informations en détention provisoire immédiatement et sans jugement afin de prévenir la diffusion de l’information.

La troisième loi concerne internet et introduit l’obligation pour les FAI de stocker les informations personnelles des usagers pour une durée de 2 ans, et bien sur de les partager en cas de nécessité, ce qui porte atteinte a la protection des sources journalistiques et de la vie privée. Le cout de l’opération n’a pas été révélé par M Abbott.

Coopération UE – Australie en voie d’extension

Enfin, l’Agenda pour la coopération UE-Australie en matière de sécurité progresse bien, comme en atteste la déclaration conjointe de la ministre des affaires étrangère July Bishop lors de sa rencontre avec Frederica Mogherini, chargée des affaires extérieures et de la sécurité à la commission européenne le 22/04/2015 et que vous pouvez lire ici (http://eeas.europa.eu/statements-eeas/2015/150422_04_en.htm ). Cette coopération avait débuté en novembre 2014 à Bruxelles, avec l’ouverture d’un dialogue anti-terroriste UE-Australie.

En conclusion, les législations française et australienne évoluent dans le même sens et tendent à restreindre fortement la liberté d’expression, la liberté de la presse et la liberté d’opinion au profit d’un Etat omniprésent et bienfaiteur. Passé ce stade et vue l’évolution a marche forcée, il est du rôle de chacun de se représenter les limites du pouvoir, le degré de vie privée et de liberté auxquels il prétend ainsi que l’organisation de la société qu’il imagine acceptable : Pour ne pas regretter demain de ne s’être pas manifesté aujourd’hui.

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